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16 directeurs de publication appellent à la responsabilité des médias et de l’État face à la montée des discours haineux au Cameroun

Dans une tribune rendue publique ce 6 mars 2025, ces patrons de presse dénoncent une banalisation inquiétante des propos stigmatisants, notamment sur les réseaux sociaux et plus encore les plateaux de télévision. Ils alertent sur les risques d’une fracture sociale et interpellent ainsi les journalistes, les autorités publiques et les citoyens sur l’urgence de freiner cette dérive qui menace la stabilité du pays.

Sur 232 organes de presse écrite recensés par le CNC, ils sont 16 directeurs de publication à prendre leur responsabilité face à ce qu’ils qualifient de « crime ». Face à la montée des discours haineux et tribalistes dans les médias, les signataires de la tribune intitulée « on a pris nos responsabilités » pointent d’abord du doigt la responsabilité de certains médias et journalistes. Selon eux, en donnant la parole à des acteurs véhiculant des discours clivants, les journalistes alimentent les tensions au sein de la société. « Quelle gloire professionnelle peut revendiquer le journaliste ou le panéliste qui alimente les rancœurs à coups de stéréotypes? […] En facilitant la propagation des discours haineux, les journalistes trahissent leurs codes d’éthique », dénoncent-ils.

Alors que le Cameroun se prépare à une élection présidentielle cruciale, les auteurs de la tribune mettent en garde contre une instrumentalisation politique des appartenances ethniques. « Parmi ces gladiateurs des claviers et des petits écrans, les plus modérés appellent à la solidarité tribale en faveur des politiciens de leurs contrées (chose clairement interdite par la loi), tandis que les plus radicaux appellent purement et simplement à l’extermination d’autres groupes ethniques (une dérive sévèrement punie par la loi) », s’indignent-ils. La situation est d’autant plus préoccupante que, selon les signataires, les autorités semblent faire preuve d’un laxisme coupable.

La passivité et l’impunité de l’État

Les directeurs de publication dénoncent avec force l’inaction des pouvoirs publics face à ce qu’ils considèrent comme un danger majeur pour l’unité nationale. « Le plus écœurant est de constater que ces discours haineux émanent souvent d’intellectuels et de leaders d’opinion que l’on croyait au-dessus de ces basses considérations […] On entend journalistes et universitaires aboyer ouvertement leur rage contre d’autres communautés, toujours impunément. Et désormais, les appels au meurtre se multiplient. Le plus glaçant, c’est le flegme des pouvoirs publics face à cette dérive qui menace la cohésion sociale et, par extension, la paix et la stabilité du pays. », alertent-ils. Pourtant, rappellent-ils, le cadre juridique camerounais prévoit des sanctions sévères contre la diffusion de propos haineux. « L’article 241-1 du Code pénal camerounais prévoit des peines allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement et des amendes de 300 000 à 3 000 000 FCFA pour de tels actes. Pire encore, lorsque l’auteur est un fonctionnaire, un responsable politique ou un journaliste, ces peines sont doublées et les circonstances atténuantes interdites. »

Un appel à la responsabilité des médias

Les seize directeurs de publication appellent leurs confrères journalistes à une prise de conscience. « En soufflant sur les braises du tribalisme, certains médias ne mesurent pas les risques qu’ils font courir à l’ensemble de la société […] Les médias doivent refuser de servir de caisse de résonance à la haine et aux ressentiments, sous peine d’être complices des fractures qu’ils contribuent à creuser […] Les entrepreneurs de la haine ne devraient pas se pavaner librement sur les plateaux de télévision ou sur les réseaux sociaux », insistent-ils.

Qui sont les signataires?

Les directeurs de publication qui ont signés cette tribune sont: François Bambou, Directeur de publication de DÉFIS ACTUELS; Georges Alain Boyomo, DP MUTATIONS; Séverin Tchounkeu, DP LA NOUVELLE EXPRESSION: Haman Mana, DP LE JOUR: Guibaï Gatama, DP L’CEIL DU SAHEL; Émile Fidieck, DP EcoMatin; Christian Ngah, DP THE GUARDIAN POST; Chantal Nga, DP LADIES NEWS; Valentin Siméon Zinga, DP LIGNES D’HORIZONS; Nancy Fawoh, DP LE GIDEON; Yerima Kini Nsom, DP, THE POST; Randy Joe Sa’ah, DP THE DAILY VOICE; Thierry Ndong Owona, DP INTÉGRATION; Jean François Channon, DP LE MESSAGER; Michel Eclador Peckoua, DP OUEST ÉCHOS; François Mboke, DP DIAPASON.

This post was published on 6 mars 2025 13 h 28 min

K.N.

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