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« Plusieurs chefs d’Etat m’ont dit qu’ils étaient fatigués de demander à M. Biya de ramener les restes d’Ahidjo au Cameroun », affirme Alice Nkom sur TV5 Monde

Par G.M.
« Plusieurs chefs d’Etat m’ont dit qu’ils étaient fatigués de demander à M. Biya de ramener les restes d’Ahidjo au Cameroun », affirme Alice Nkom sur TV5 Monde

Le 21 mai 2022, l’avocate camerounaise et défenseure des droits humains, Alice Nkom, était l’invité » du programme « Internationales », diffusé sur TV5 Monde en partenariat avec le journal Le Monde. Pendant 52 minutes, l’avocate s’est exprimée sur la question de minorités sexuelles, de la situation politique et sociale au Cameroun, ainsi que ses nombreux combats au barreau du Cameroun.

« Monsieur Macky Sall ne sait pas ce qu’il perd en soutenant Gana Gueye »

Le premier sujet sur la table était bien l’actualité de l’international sénégalais Gana Gueye qui aurait refusé d’arborer le maillot arc-en-ciel, en soutient à l’homosexualité, au nom de ses convictions religieuses.  Alors que la position du joueur du Paris Saint-Germain a été salué par le président Macky Sall, Me Alice Nkom trouve la sortie de ce dernier « dramatique ». Car selon elle, « le président Macky Sall devrait être un des portes étendard du respect de la loi internationale, de la déclaration universelle des droits de l’homme… »

« Je suppose que lorsqu’on est un pays membre des nations unies, on sait que dans la déclaration universelle des droits de l’homme, on a établi des principes généraux, tels que la non-discrimination, en raison des différences qu’on peut avoir par rapports aux autres, et notamment en fonction de la religion. Tout le monde a le droit de choisir sa religion à condition de la pratiquer sans que cela ne nuise à l’autre. Je suis vraiment triste de voir que monsieur Macky Sall qui dirige un pays où on pensait qu’il y avait de l’ordre, qui en plus est président de l’Union africaine réagissent ainsi. C’est dramatique ! J’ai pitié du Sénégal. C’est grave ça, parce qu’il ne sait pas ce qu’il perd ! Il est en train de politiser les droits de l’homme. Que monsieur ait le courage de déclarer le Sénégal État islamique, après on voit. Il faut sanctionner Gana Gueye. Les valeurs dans la République où il vit, devraient être les mêmes que celle du Sénégal. Puisqu’ils sont tous membres de l’ONU », argumente l’avocate.  

Mais, la défenseure des minorités sexuelles ne cesse de croire à une dépénalisation de cette pratique dans le continent : « Je crois plus que jamais beaucoup à la dépénalisation de l’homosexualité au Cameroun. Parce qu’en fait, nous avons la loi pour nous. Elle est simplement mal utilisée, mal comprise par les politicien », croit-elle.

Mais pour y parvenir, Alice Nkom affirme vouloir s’appuyer sur les puissances étrangères parce qu’il « faut ça », dit-elle, sans ambages. Et de préciser que la loi que le Cameroun a appliquée jusqu’ici est inconstitutionnelle »

Au sujet du président Ahidjo

À cette question, l’avocate de 77 ans renseigne qu’elle avait entamé une démarche auprès des chefs d’Etat africains pour qu’ils « essaient » de mettre la pression sur l’actuel président de la République afin que ce dernier fasse renter les restes de son prédécesseur au Cameroun. Dépuis, lors, rien n’a été fait. « Plusieurs chefs d’Etat m’ont dit qu’ils étaient fatigués de demander à M. Biya de ramener les restes d’Ahidjo au Cameroun », fait-elle savoir.  

« Sans les chancelleries occidentales, je n’existerais pas »

Me Alice Nkom reste convaincue de ce que sans les chancelleries étrangères, elle aurait déjà été « éliminée » par le régime en place qui détient tous les leviers conséquents : « Sans les chancelleries étrangères, je n’existerais pas. Parce que dans mon pays, si on ne vous tire pas dessus, on sait quoi vous enlever pour que vous ne puissiez plus fonctionner. On vous enlève tout. Sans les chancelleries occidentales avec lesquelles on partage les mêmes valeurs de bonne gouvernance, je ne serais plus là».

Et de conclure : « Il y un problème sur lequel je veux m’investir. Je ne veux pas qu’on divorce d’avec la France de cette manière-là et qu’on se remarie avec n’importe qui. C’est un travail que je suis prête à commencer à faire ».