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Interview : Maimounatou Bouzakara fait des propositions à Emmanuel Chatue pour relever le niveau de Canal 2 Movies

Interview : Maimounatou Bouzakara fait des propositions à Emmanuel Chatue pour relever le niveau de Canal 2 Movies

Après sa récente sortie sur Facebook où elle critiquait sévèrement Canal 2 Movies, la journaliste Maimoumatou Bourzaka fait cette fois-ci une série de propositions au PDG de cette chaîne. Selon elle, ce média est entrain de porter un sérieux coup à  « l’image de marque de notre pays » à l’étranger en laissant passer des films de très mauvaises qualités.

Le 27 septembre, la journaliste culturelle spécialisée dans le 7 eme art, estimait que cette chaîne de télé « ternit l’image du Cameroun ». « Canal2 Movies, pour l’amour de la patrie, achetez des films de qualité où fermez boutique. » martelait-elle. Une sortie devenue virale sur la toile, notamment dans les milieux du 7eme art. Nous avons rencontré la journaliste de Cameroon Tribune pour tenter d’avoir dans les détails les motivations d’une telle sortie. Dans cette interview elle nous parle également de sa passion pour le 7eme art. Entretien

Médiatude : Vous avez fait une sortie sur la toile où vous critiquez sévèrement Canal 2 Movies. Une sortie qui a fait couler beaucoup d’encre, notamment chez Médiatude avec 500 commentaires suscités à ce jour. Si certains vous donnent raison, il y en a également qui vous critiquent sévèrement (Sourire). Vous attendiez-vous à autant de réactions ?

Maimounatou Bourzaka : Je tiens d’abord à remercier Médiatude de l’intérêt accordé à mon cri de désespoir. Je suis très ravie de ces réactions controversées. Elles témoignent à suffisance que le cinéma camerounais intéresse encore l’opinion publique et que si les professionnels du secteur s’organisent et bénéficient d’un encadrement des pouvoirs publics, ils auront de beaux jours devant eux. Elles démontrent que rien n’est perdu malgré la fermeture des salles de cinéma qui a touché le Cameroun durant des années ou l’épineux problème de distribution des films locaux.

 Qu’est-ce que les personnes (les étrangers) que vous citées ont dit dans les détails ?

Le tableau n’est pas du tout reluisant à l’étranger. Le Cameroun est classé parmi les derniers en Afrique. Ceci, par le truchement de certaines chaînes de télévision comme Canal 2 Movies et A+ qui diffusent des fictions camerounaises de piètre qualité. Et c’est normal que certains cinéphiles croient qu’on ne produit pas des films de haute facture au Cameroun. Je vais reprendre les propos d’une célèbre blogueuse et cinéaste béninoise, Cornelia Glele, lors de nos échanges. « Ce que je vais te dire va te choquer, mais quand je regarde les films camerounais sur A+ et sur les autres chaînes de télévision, je constate qu’il y a de gros soucis techniques. Les acteurs, quant à eux, surjouent beaucoup. La Côte d’Ivoire a ce même problème, mais ils ont réussi à en faire un label ». Le problème est grave. Et c’est pour cette raison que j’ai décidé de tirer la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, des cinéastes peinent à trouver des financements car les potentiels mécènes et sponsors généralisent la chose. Ils réduisent le cinéma camerounais aux films diffusés sur la 2. En ce qui me concerne, je ne peux plus promouvoir les productions locales à certains endroits pour éviter d’être la risée de tous à cause de la qualité des scénarii, du jeu d’acteur et surtout des problèmes techniques des productions servies aux téléspectateurs de cette chaîne. Comme l’ont relevé plusieurs internautes sur votre page, ce n’est que dans les films de Canal2 qu’on peut voir « un fantôme soulever le rideau pour entrer dans une pièce » ou « regarder de gauche à droite avant de traverser la route ». De manière ramassée, les remarques portent sur le jeu d’acteur ; la qualité des scénarii, du son, de l’image et même la mise en scène. Tout est à refaire.

Je ne demande pas seulement à Emmanuel CHATUE de prendre de l’argent de ses poches pour payer les droits de diffusion des films

Certains estiment que, c’est trop facile de demander à cette chaîne de payer les films vu le contexte économique et autres. Les comprenez-vous au moins ?

 Ce sont eux qui n’ont pas essayé de me comprendre. En interpellant Canal 2 Movies sur la qualité des films qui y sont diffusés, je ne demande pas seulement à Emmanuel CHATUE de prendre de l’argent de ses poches pour payer les droits de diffusion des films. Le Groupe Canal 2 pourrait par exemple s’associer à une entreprise ou une marque pour le faire moyennant la diffusion d’un spot publicitaire. Certaines télévisions étrangères le font. Pourquoi pas nous ? Par ailleurs, Canal 2 pourrait également sélectionner minutieusement les films à diffuser car il y va de l’image de marque de notre pays. Ou à défaut, catégoriser les productions qui y passent avec la mention « Films amateurs » par exemple. A mon humble avis, une chaîne qui a pour slogan « L’univers du cinéma camerounais » se doit d’être plus rigoureuse et professionnelle.

Pensez-vous que le Cameroun produit autant de films de qualité qui peuvent alimenter une télé en continue 24h/24 ?

On ne produit peut-être pas suffisamment de films et séries de qualité sur un an, mais on a de quoi alimenter une chaîne de télévision. Il suffit de sillonner les salles de cinéma pour s’en convaincre. Il ne se passe plus une semaine sans films camerounais à l’affiche. Le nombre de films peut aussi être revu à la hausse en fonction de la demande. Sans prétention, on a de quoi faire vivre une chaîne de télévision.

Canal 2, la chaîne mère était elle aussi critiquée au départ pour la qualité de certains feuilletons sur ses antennes, mais aujourd’hui on peut voir le nombre de cinéastes Camerounais qui ont pu se frayer un chemin grâce à cette chaîne. Est ce qu’il ne faut quand même pas reconnaître que Canal 2 Movies joue un rôle dans le développement de notre cinéma ?

 Il est indéniable que canal 2 est un levier de promotion du cinéma camerounais. Elle est d’ailleurs devenue une référence pour certains incultes. Mais, la 2 se doit d’être plus rigoureuse dans la sélection des films à passer à l’antenne. Elle a certes permis de faire connaître certains « cinéastes » et humoristes, mais de quelle manière ? De la génération de Tagne, Fingon, Casserole, Selavie à celle d’aujourd’hui, combien sont sortis du lot tant sur le plan technique que sur le plan économique ?

 Avez-vous déjà approché les responsables de cette chaîne de télé pour leur faire part de votre mécontentement ?

« Mécontentement », non ! Je parlerai plutôt d’un cri de désespoir. L’occasion ne m’a pas encore été donnée, mais je compte le faire dans les prochains jours. Il faut bien que quelqu’un les interpelle sur cette situation qui met à mal l’image de marque du Cameroun.

Depuis votre sortie quels sont les réactions qui vous ont le plus marquée ?

J’ai plutôt été choquée par la réaction des pseudo-cinéastes qui m’en voulaient car ils y trouvent leur compte. Sans oublier certains internautes qui n’arrivent pas à dissocier Maimounatou, la cinéphile et son employeur. En tant que passionnée de 7e art, j’ai également voix au chapitre.

Il ne me souvient pas avoir pu regarder un film en intégralité sur Canal 2 Movies.

 Et si l’on parlait un peu de votre passion pour le cinéma. On vous trouve très active sur la toile où vous défendez le cinéma 237. Comment est née cette passion ?

Sans être prétentieuse, je fais partie de ceux qui savent ce qu’ils veulent et je me donne toujours les moyens de réaliser mes rêves. Dès l’enfance, je voulais devenir journaliste culturelle. Et, c’est ainsi que je m’intéressais à tout ce qui y avait trait. Et comme par chance, durant ma formation à l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information, le Délégué Général du Festival Ecrans Noirs, Bassek ba Kobhio, a sollicité les deux meilleurs étudiants en cyberjournalisme pour la communication digitale du festival, c’est ainsi que j’ai embrassé le cinéma camerounais. La passion s’est développée au fil des années passées au sein de ce festival de référence en Afrique. Étant responsable de la communication digitale, nous étions chargés d’élaborer le catalogue. Ce document devait contenir les différentes informations sur les réalisateurs et les synopsis des films. C’était un véritable chemin de croix pour nous car il n’y avait à l’époque pas de sites consacrés au cinéma camerounais et la majorité des réalisateurs n’était pas encore présentes sur les réseaux sociaux comme aujourd’hui. Aussi, après étude et observation, je me suis rendue compte que le cinéma camerounais était méconnu du public. Ceci à cause de nombreux problèmes à savoir la fermeture des salles, la non vulgarisation des espaces de téléchargement de films en ligne et la diffusion de mauvais films camerounais par certaines chaînes locales. C’était très choquant et révoltant de savoir que nous avons des films de qualité distingués dans de prestigieux festivals internationaux alors qu’ils sont méconnus des Camerounais. Les acteurs camerounais sont classés parmi les meilleurs en Afrique sans pour autant être connus chez eux. Je me suis donc dit que la projection de films de qualité à travers la Journée du jeune cinéaste que nous organisons depuis trois ans et la promotion du cinéma camerounais à travers notre site cinecamer.info seraient un moyen de réconcilier le public camerounais et son cinéma. Avec le temps, la promotion du cinéma camerounais est devenue un devoir patriotique.

Comment gérez-vous cette hyper présence sur la toile avec votre métier de journaliste à Cameroon Tribune ?

 Je crois que tout est question d’organisation. Mon métier de journaliste ne m’empêche pas d’être présente sur la toile. Mon premier réflexe c’est de mettre d’abord les articles en ligne sur notre site web, les partager sur nos pages Facebook et Twitter ou rédiger mes articles lorsque je reviens d’un reportage. Ma priorité, c’est de remettre ma copie à temps et de rendre notre plateforme cameroon-tribune.cm plus dynamique. Ce n’est qu’après avoir fini au boulot que je m’intéresse au reste. Aucun domaine n’empiète sur l’autre.

 Pour l’addition. Quel est le plus beau film que vous avez regardé à Canal 2 Movies ? (Sourire)

Sans faire dans la langue de bois, aucun. Je ne suis pas adepte de médiocrité. Il ne me souvient pas avoir pu regarder un film en intégralité sur Canal 2 Movies. C’est impossible de le faire car mon cœur saigne toujours à chaque fois que je le fais.

© Entretien avec Y.M.T., Médiatude


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