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Interview Ebenezer Kepombia : « C’est une méconnaissance de mes œuvres que de dire que je manque d’originalité »

Par Y.N.
Interview Ebenezer Kepombia : « C’est une méconnaissance de mes œuvres que de dire que je manque d’originalité »

Acteur et réalisateur camerounais à succès, Ebenezer Kepombia a accordé une interview exclusive à Médiatude. Celui qui est plus connu sous le nom de Mitoumba y parle de ses projets, de sa nouvelle série « La bataille des chéries », et de sa relation avec les médias.

Médiatude: Êtes-vous satisfait des retours du public, partenaires… au sujet de la dernière saison de Madame Monsieur ?

Ebenezer Kepombia : Oui je suis satisfait du retour de mes partenaires, du public de la saison 3 de Madame…Monsieur. Mes partenaires sont très contents de la collaboration et le public de façon générale a aimé la série. Ça ne veut pour autant pas dire que la série était parfaite. Non ! Il y’a eu des manquements. Tout le monde n’a pas aimé la série, ce n’est pas d’ailleurs possible, car une œuvre d’art ne peut pas plaire à tout le monde. Mais de façon générale, la majorité des gens ont aimé le concept, ont aimé la série, et en redemandent même d’ailleurs.

Avez-vous pensé à une quatrième saison de la série ou alors vous vous dites, c’est bon il faut tourner la page ?

Non ! Je n’ai jamais envisagé une quatrième saison de la série Madame…Monsieur. Quand on tournait la saison 3, dès le début, on savait que c’était la fin et l’ultime saison. On a bien voulu s’arrêter là et passer à autre chose.

Vous avez tourné de nombreuses séries à succès, dont Foyer Polygamique. La guerre des chéries va t’elle s’inscrire dans le même registre ?

« La bataille des chéries » c’est le combat existentiel de la femme. Dans une société africaine phallocratique, les femmes se battent pour avoir les mêmes droits, et peut-être même un peu plus que les hommes, et pour atteindre leurs objectifs, elles se battent pour elles-mêmes, c’est-à-dire qu’elles fournissent elles-mêmes des efforts, elles cravachent, elles travaillent dur pour atteindre leurs objectifs et elles se battent aussi contre d’autres femmes qui s’érigent en obstacles sur leur chemin, vers leurs objectifs. Elles se battent aussi contre les hommes, pour avoir les droits, pour pouvoir être respectées. La bataille ici ce n’est pas seulement la bataille pour un homme, c’est la bataille pour l’argent, les femmes veulent de nos jours être financièrement indépendantes des hommes, elles se battent pour avoir de l’argent, elles se battent aussi pour le savoir. Les femmes de plus en plus s ébattent pour aller à l’école, les femmes de plus en plus font de grandes études, parfois même dans certaines régions contre la volonté des hommes, les femmes se battent aussi pour le pouvoir. On retrouve de plus en plus dans les sociétés contemporaines, les femmes présidentes, des femmes ministres, des femmes gouverneurs. C’est tout ça qui constitue le nœud de cette série. Ce n’est pas seulement une bataille pour un homme.

Si vous avez regardé l’image illustrative de cette série, vous voyez que les femmes sont en train de bagarrer devant un homme, mais aussi pour le mariage, elles s’y intéressent un peu plus que les hommes, elles se battent pour le pouvoir. Vous avez vu une chaise qui est placée devant elles. On est allé très loin dans cette série où on va parler d’un peu de tout. On va même parler de la femme politique. Nous développons très peu la politique dans nos séries, je pense que la « Bataille des chéries » viendra montrer une façade de la femme politique, une façade de la vie politique même en général. C’est une série très riche en thèmes et en sous-thèmes qui sont développés. Les gens ne doivent pas penser qu’à l’amour. C’est vrai l’amour sous-tend toutes les relations mais il y’a plein d’autres choses qui se développent derrière cette bataille des chéries. C’est une série intense, très riche, où on présentera le côté jardin de la haute administration. Il y’a aura un peu de tout dans la série que je vais inviter les gens à découvrir au bon moment.

L’annonce de cette nouvelle série a fait réagir énormément sur les réseaux sociaux, certains vous accusent d’avoir un manque d’originalité. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

Ceux qui disent que je manque d’originalité, ce sont des gens qui n’ont pas vraiment regardé toutes mes œuvres. Ma toute première série parle de polygamie, la deuxième parle du veuvage. C’est deux choses bien différentes. La troisième parle de belle-mère, la quatrième parle des chefferies traditionnelles, de l’intégration nationale et internationale. On ne peut pas dire que je parle des mêmes sujets tout le temps. C’est une méconnaissance de mes œuvres que de dire que je manque d’originalité.

À vos débuts, vous avez côtoyé des acteurs qui ont encore la côte auprès du public camerounais, notamment Big Mop, Mado, Ngassa ou encore Anas. Est-on en droit d’espérer les revoir prochainement dans vos productions ?

Oui dans mon parcours j’ai connu bien de comédiens. Il y’en a qui vont retravailler avec moi dans cette série et dans les séries à venir. Il y en a aussi qui ne travailleront plus jamais avec moi, parce qu’ils ne sont plus au Cameroun, ou bien parce qu’ils ont embrassés d’autres carrières qui ne leur donne plus assez de temps pour faire dans le cinéma.

Vous avez récemment critiqué la gestion des invités sur les plateaux de débats. Est-ce que vous pensez que le public est beaucoup plus exigeant avec les cinéastes qu’avec les journalistes ?

Le public camerounais est très exigeant ein. C’est l’un des publics les plus exigeants d’Afrique. Oui j’ai fait allusion à la gestion des invités sur les débats télévisés ou bien les débats radiophoniques, c’était un peu pour comparer aux exigences que le public fait de nous cinéastes quand on travaille avec les mêmes acteurs, ils nous crient dessus tout le temps. Le public est plus exigeant pour les cinéastes que pour les journalistes. C’est juste que le cinéma intéresse un gros pourcentage de la population camerounaise que les débats télévisés. Ces derniers intéressent plus les intellectuels or les œuvres cinématographiques regroupent les analphabètes et les intellectuels. La cible du cinéma est plus grande que celle des débats télévisés. Si on entend moins les cris et exigences du public vis-à-vis des journalistes, c’est juste parce que il y’a des journalistes et des débats un peu au dessus d’un grand nombre du public camerounais.

Consommez-vous les émissions sur les chaînes camerounaises ? Si oui lesquelles ?

Je consomme bien les émissions sur les chaînes camerounaises. J’aime bien les débats du dimanche, soir Droit de Réponse, soit Club d’élites, soit Canal presse. Je regarde aussi des émissions de détente comme C’Comment, comme Jambo. Je regarde les éditions de journal de toutes les télés. Par moment je quitte d’une chaîne à une autre pour suivre les informations du pays. Je consomme camerounais en matière de télé. En plus de ça je regarde des chaînes panafricaines, des chaînes qui traitent des actualités mondiales, pour quelqu’un qui fait des programmes télés, il doit regarder la télé pour pouvoir s’inspirer, s’améliorer, s’éduquer.

Si les patrons de Tv décidaient de remplacer les débats Tv du dimanche par des séries Tv, quelle serait votre réaction ?

Je serai déçu. Je serai même énervé. Les débats ont leur place, les séries ont leur place. On ne doit pas enlever un pour mettre un autre. Il faut une diversité de programmes pour enrichir la grille d’un programme et enrichir le public. Si on ne diffuse que les séries TV, ça devient monotone. A un moment, il faut qu’on suive des débats contradictoires, qu’on regarde le journal, un documentaire, une série. Pour avoir de l’audience, un média doit pouvoir diversifier ses programmes.

Entretien avec Y.N. et Y.M.T., Médiatude

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